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C'est l'offre en proies sauvages, cervidés en tête, qui dicte l'installation des loups

Les loups qui recolonisent les Alpes nord-occidentales s'installent préférentiellement dans les zones riches en cervidés. Tout juste publiée, une recherche menée en Valais par l'Université de Berne le démontre : ce sont principalement les cerfs, suivis par les chevreuils – soit les proies de prédilection du loup dans nos contrées – qui expliquent l'implantation des meutes dans les Alpes. Les modèles des scientifiques permettent d'anticiper les zones où des conflits avec ces super prédateurs sont à attendre.

Le loup amorce son grand retour partout en Europe, résultat des mesures de protection légales strictes dont il bénéficie depuis quelques décennies et de la reconstitution progressive d'abondantes populations d'ongulés sauvages, alors que ces derniers étaient au bord de l'extinction durant la première moitié du XXe siècle. Ce retour naturel génère des conflits : les éleveurs craignent pour les animaux de rente, les chasseurs pour le gibier et leur hobby, enfin certains humains pour leur intégrité physique. Anticiper le retour de ce super prédateur permettrait d'atténuer ces conflits. Mais encore faut-il savoir quels sont les facteurs qui dictent le choix de l'habitat des loups qui commencent à se reproduire dans nos contrées.

C'est l'objectif que se sont fixés les biologistes de la conservation de l'Université de Berne. Durant quatre hivers, entre 2012 et 2016, ils ont étudié l'utilisation du territoire par les loups en Valais. Si les premières observations de loup en Valais remontent à 1995, la première preuve de reproduction date de 2016. Ce projet de recherche s'est donc concentré précisément sur la phase de formation et d'installation des premières meutes.

Plus d'une centaine de pièges photographiques

« Afin de rassembler des informations sur la présence du loup dans le territoire, nous avons installé plus de 100 pièges photographiques le long de sentes empruntées par la faune » nous explique Dr Veronika Braunisch qui a supervisé les analyses. De surcroît, les chercheurs ont parcouru, deux fois par hiver, 218 transects d'un kilomètre de longueur répartis dans tout le canton afin d'y déceler les traces des ongulés dans la neige et ainsi cartographier la présence des proies potentielles du loup : cerf, chevreuil, chamois, sanglier, bouquetin, etc. Un boulot de titans! Des relevés de terrain ont également porté sur les conditions météorologiques, l'utilisation du sol et les conditions topographiques. Bien qu'intuitivement on peut bien s'imaginer que l'offre en nourriture est un facteur décisif pour le loup, aucune modélisation de ce genre n'avait jamais été tentée à ce jour car des données exhaustives sur ce prédateur et ses proies sont très difficiles à rassembler sur d'aussi grands secteurs.

Facteur prépondérant : la densité de cerfs

Les résultats se sont avérés particulièrement tranchés : le principal critère qui dicte le choix de l'habitat et l'installation des meutes de loups est la disponibilité en proies sauvages. Si les caractéristiques du paysage et les conditions environnementales jouent aussi un rôle, la seule offre en proies est LE facteur principal, expliquant à lui seul 53% du processus d'installation des loups. Parmi les proies, la densité de cerf élaphe est particulièrement importante (31%), suivie par celle du chevreuil (22%). « Si on s'attendait à un effet marqué de l'abondance des ongulés sauvages, on n'imaginait pas que la présence des cervidés expliquerait avec tant d'acuité les zones d'installation des loups! » s'exclame le Professeur Raphaël Arlettaz, initiateur du programme de recherche et directeur du Département de Biologie de l'Université de Berne: «Alors que les chevreuils sont importants pour les loups solitaires, étant une proie relativement facile, les cerfs représentent une proie nettement plus profitable dès lors que les loups chassent en groupe, notamment au sein d'une meute reproductrice.» Parmi les autres facteurs importants, les scientifiques ont relevé les précipitations (19%) et la présence de districts francs, soit des réserves où le gibier n'est pas chassé (16%).

Sur la base de leurs modèles statistiques, les chercheurs ont élaboré des cartes qui permettent de visualiser où la probabilité d'installation des meutes de loups est la plus vraisemblable dans le territoire. « C'est là que les mesures de protection des animaux de rente devraient être développées en priorité » selon Raphaël Arlettaz.

Informations relatives à la publication :

Roder, S., Biollaz, F., Mettaz, S., Zimmermann, F., Manz, R., Vignali, S., Fumagalli, L., Arlettaz, R., Braunisch, V. (2020): Deer density drives habitat use of establishing wolves in the Western Alps. Journal of Applied Ecology, https://doi.org/10.1111/1365-2664.13609.

28.04.2020