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Analyse du marché du travail suisse d’un point de vue psychologique

Un groupe de recherche bernois de l’Institut de psychologie ont analysé l’évolution du marché du travail suisse depuis 1991 et en tirent une conclusion: depuis plus de vingt ans, les hommes et les femmes exercent surtout des métiers typiquement «masculins» ou typiquement «féminins».

Les femmes exercent majoritairement des professions dans les domaines du social et de l’éducation, tandis que les hommes se spécialisent dans des métiers manuels et techniques – cette tendance sur le marché du travail suisse n’a quasiment pas évolué au cours des 23 dernières années. En revanche, il y a eu des changements en ce qui concerne la répartition des types de profession: celles axées sur les activités manuelles et techniques représentent toujours la majeure partie du marché du travail, mais le nombre de professions de direction et commerciales connaît une forte augmentation depuis deux décennies.

Voilà ce qu’a révélé une analyse des données de l’enquête suisse sur la population active réalisée sur plus d’un demi-million d’actifs sur une période de 23 ans. À l’aide de six types d’intérêts professionnels, un groupe de recherche rassemblé autour d’Anja Ghetta et d’Andreas Hirschi de l’Institut de psychologie de l’Université de Berne a étudié l’évolution du marché du travail suisse de 1991 à 2014 d’un point de vue psychologique. Les résultats ont été publiés dans le «Swiss Journal of Psychology».

La psychologie du marché du travail suisse

L’intérêt personnel est l’un des facteurs les plus importants lors du choix d’une profession. Afin de trouver une profession appropriée, il est primordial de connaître ses propres centres d’intérêt ainsi que de savoir comment rendre ces intérêts concrets sur le marché du travail. En général, les marchés du travail se calquent sur les branches ou les secteurs économiques. Ces branches et secteurs présentent toutefois des différences significatives en ce qui concerne les intérêts qui peuvent se transformer en certaines professions. Par exemple, les cuisiniers ont des intérêts professionnels totalement différents de ceux des spécialistes de l’hôtellerie, même s’ils travaillent dans la même branche. Jusqu’à présent, on en savait peu sur le degré de représentation des types d’intérêts professionnels sur le marché du travail suisse et sur leur évolution au cours des dernières décennies.

Les professions «réaliste» se caractérisent par le fait que les personnes aiment travailler avec des objets et des matériaux, utiliser des outils ou manipuler des machines. Entrent dans cette catégorie des métiers tels qu’ingénieur du son, agricultrice ou ébéniste. Les résultats montrent qu’entre 1991 et 2014, le pourcentage représenté par ces corps de métiers sur le marché du travail suisse avait diminué. Toutefois, cette catégorie incarnait toujours le centre d’intérêt de la plupart des actifs; en 2014, 30% d’entre eux exerçaient un métier réaliste.

Les personnes qui s’orientent vers des métiers «investigateur» aiment travailler sur les idées et aimeraient découvrir de nouvelles choses grâce à des méthodes scientifiques et à leur capacité de raisonnement logique. Entrent dans cette catégorie des professions telles que scientifique, détective ou psychologue. Au cours des dernières années, ces professions connaissent une forte croissance en pourcentage, bien qu’elles demeurent à un niveau très bas (9% en 2014).

Dans les professions dites «artistiques», les individus s’intéressent généralement à l’art, à la langue et aux concepts abstraits et aimeraient donner vie à quelque chose de créatif. Entrent dans cette catégorie des métiers tels que chanteur, graphiste ou auteur. Cette catégorie a toujours été très peu représentée au cours des 23 années analysées; en 2014, seuls 3% des actifs exerçaient un métier artistique.

Les personnes qui choisissent des métiers «social» aiment travailler avec les individus qu’elles aimeraient soutenir, conseiller, soigner ou éduquer. Entrent dans cette catégorie des professions telles qu’enseignante, aide-soignant ou spécialiste du travail social. Depuis ces dernières années, cette catégorie professionnelle est en forte progression et équivaut aujourd’hui à 16% du marché du travail.

La catégorie professionnelle «entreprenant» symbolise un intérêt pour les activités commerciales et entrepreneuriales que l’on retrouve par exemple dans des métiers tels que publiciste, entrepreneuse ou vendeur. Ce centre d’intérêt connaît la plus forte croissance depuis 1991 et représentait 25% en 2014, soit le deuxième secteur du marché du travail suisse.

Parmi les métiers «conventionnel», on trouve par exemple archiviste, secrétaire ou juriste. Les personnes exerçant ces professions aiment traiter les données et les faits de manière consciencieuse et structurée. Au cours des 23 dernières années, leur pourcentage a légèrement reculé à 18% en 2014.

Dans l’ensemble, on constate que le marché du travail suisse offre des opportunités diverses pour des individus aux intérêts variés. Les personnes portées sur les métiers réalistes trouvent toujours un marché du travail très favorable. Toutefois, la forte progression des professions sociales ainsi que des professions entreprenantes laisse penser qu’il y aura à l’avenir de nombreuses opportunités professionnelles pour les personnes qui manifestent des intérêts adéquats. «Ces résultats peuvent jouer un rôle crucial lors du choix d’une profession ou de l’orientation professionnelle», déclare Andreas Hirschi.

Des différences stables entre les hommes et les femmes

Les hommes et les femmes sont actifs de manière différente dans les différents centres d’intérêt et, fait surprenant, ces disparités sont restées stables au cours des 23 années étudiées. Dans les professions où l’intérêt se porte sur les compétences manuelles et techniques, les hommes étaient toujours en majorité, tandis que les femmes dominent les professions éducatives et sociales. L’écart entre les hommes et les femmes est moindre dans les professions entreprenants où les femmes représentent quasiment la moitié des actifs depuis 1991. Par rapport aux hommes, les femmes se concentrent moins sur un centre d’intérêt, mais plutôt sur un éventail de professions plus large – un quart voire un cinquième d’entre elles exerce une profession sociale, entreprenante, conventionnelle ou réaliste. Il est à noter que malgré l’amélioration de l’égalité des sexes dans la société, on n’a pas recensé de grandes variations dans les proportions de femmes et d’hommes dans les six catégories professionnelles au cours des 23 dernières années. «Les résultats suggèrent que l’exercice d’une profession se fait toujours en fonction des intérêts professionnels qui caractérisent les hommes et les femmes», indique Anja Ghetta.

Publication:

Ghetta, A., Hirschi, A., Herrmann, A., & Rossier, J.: A Psychological Description of the Swiss Labor Market from 1991 to 2014: Occupational Interest Types, Gender, Salary, and Skill Level. Swiss Journal of Psychology. Mars 2018, 77, 83-94. doi: 10.1024/1421-0185/a000206 

 

22.03.2018